C’est en cherchant à plaire à tout le monde, qu’on se cherche et qu’on se perd soi-même !

Ce week-end, le figaro titrait sur une double page « Bocuse, la cuisine Grévin ». Naturellement, le titre intrigue ! Alors avec beaucoup de curiosité j’ai lu et relu celui-ci.
*Crédit photo ©Stéphane de Bourgies

Le style éditorial, le champ lexical, et la tonalité légère, presque humoristique en font un des articles les plus drôles jamais écrits sur le restaurant Paul Bocuse, et contrastent avec un fond plutôt creux, qui « à grands frais » de mots (1200) ne dit qu’une chose, c’est que l’expérience de l’Auberge de Collonges est fidèle à celle imaginée par Monsieur Paul Bocuse.

Oui à coup de « grands frais » car le journaliste ne cesse de rappeler tout au long de ses écrits, que c’est à coup de grands frais qu’il y a 3 MOF en cuisine, que c’est à coup de grands frais, que le restaurant a été rénové (30 ans qu’il n’y avait pas eu l’ombre d’une rénovation), et que c’est à coup de grands frais que vous pourrez déguster une sole.

PS : Je tiens à préciser aux jeunes lecteurs, que « Grand Frais » ne correspond pas à la marque de lait…

Bref, si je devais entrer dans le détail, la soupe préférée de Monsieur le Président de la République « du siècle passé », Monsieur Valéry Giscard d’Estaing et la sole façon Fernand Point ne seraient pas à son goût mais comme le restaurant serait « orgueilleux » et dans « le patrimonial revendicatif », toute réponse à ses critiques n’auraient pour seules conséquences de renforcer les certitudes de ce dernier à notre égard. En gros, je critique, mais je ne te laisse pas la possibilité de répondre puisque je te décrédibilise en même temps…

Oui, l’histoire, la mémoire, font partie de l’ADN de cette institution, cela signifie-t-il que « Bocuse est à la cuisine ce que Brando est au cinéma : un patronyme contenant une promesse tenue d’avance. » ? Qu’ils seraient un mi-musée, mi-restaurant ? Je ne pense pas.

Est-ce que tous les hôtels devraient ressembler au Mama Shelter ? Ne peut-on pas orchestrer une expérience très actuelle avec une cuisine de mémoire ? Devons-nous meubler le château de Versailles avec des meubles de chez Starck pour ancrer l’expérience dans notre siècle ? Un critique cinéma n’aime-t-il plus les films de Marlon Brando, et ne jure-t-il plus que par le cinéma de Luc Besson ?

Pour conclure, la diversité de la cuisine fait la richesse de notre gastronomie française, et contribue à faire de celle-ci une des plus convoitées au monde. Alors, penser que trois étoiles Michelin et 18/20 au Gault&Millau, sont un « pied de nez à tous les chefs méritants qui se battent à la loyale dans l’espoir de s’y faire une place » c’est laisser penser qu’ils voleraient la place d’autres, loyaux, méritants et qui essaient de se faire une place.

Comme nous ils ne sont plus très actuels à en croire ces écrits, et visiblement moi non plus, est-ce que quelqu’un peut me dire si le classement du Guide Michelin est devenu un concours avec un nombre de places limité pour les trois étoiles ?

C’est en cherchant à plaire à tout le monde, qu’on se cherche et qu’on se perd soi-même. Et si avoir une identité, une signature, une histoire, font de nos grandes maisons des musées, alors oui, mieux vaut consacrer du temps et des lignes pour écrire sur de jeunes talents qui comme vous le dites justement se battent également de façon loyale pour émerger et se faire connaître, car il y a une place pour tout le monde dans notre grande et belle famille qu’est la gastronomie française, qu’on fasse une cuisine dite « classique » ou une cuisine nouvelle.

Les critiques gastronomiques font partie du paysage de la gastronomie et c’est aussi eux qui contribuent à l’essor de jeunes ou moins jeunes maisons, et en ce sens, c’est avec beaucoup de respect pour ces professionnels que je consulte leurs articles. Mais en laissant penser que la matrice de notre cuisine, celle de nos anciens, est obsolète, vous ferez peut-être le « buzz », mais vous ne servez point vos lecteurs, en quête d’expériences aussi diverses que variées.

Pour rappel, Le Panthéon de Paris est plus visité que le Palais de Tokyo…

 

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