Stéphanie Le Quellec : Trois Actes, trois unités & une jolie Scène

Tout débuta par une réservation en message privé sur le compte Facebook de Stéphanie… Le lendemain, une des personnes de la réception me contacta par téléphone pour confirmer notre table. L’entrée en scène s’est donc faite par les coulisses.

Nous n’avions, avec mon épouse, jamais poussé les portes du Prince de Galles. Dès notre arrivée, on nous précisa poliment que Harry était retenu pour des affaires à Londres, nous ne nous sommes pas formalisés : nous étions là pour la table… mais quand même :).

L’accueil est digne des gimmicks des Grands Palaces américain : une climatisation branchée sur 18°…en bon jurassiens, nous passâmes facilement cette épreuve car dans notre région, nous avons deux saisons : l’après-midi du 15 août et le reste de l’année. Nous nous comportions donc presque comme des habitués.

Une fois installés au bar Les Heures, n’ayant pas de temps à perdre, nous nous sommes laissés tenter par deux verres : d’eau… C’était la surprise du barman qui dès qu’un client prend place : l’eau coule à flot… Le professionnel qu’il était remarqua de suite que nous n’étions pas de profession hydraulique et nous proposa alors de déguster des cocktails : nous avons évité un naufrage.

Vers 21 h 00, nous nous dirigeâmes vers la véritable Scène*, celle des actes* et des artistes, celle où les planches craquent, où les tables sont intrigues* & dénouement*, les sommelières fanfaronnent le nom des vignerons,  les maîtres d’hôtel soufflent les appellations des plats (alors que dans certains restaurants nous avons parfois assisté à de longs soliloques*), nous prenions donc place dans des corbeilles face au spectacle : les cuisines de Stéphanie Le Quellec, la pâtisserie de Yann Couvreur.

Carte des vins avec de jolies sélections, carte et menu justes : enfin je retrouve du choix et de la liberté… Pas de menu imposé, toutes les règles de la bienséance* sont là, des sortes de petites saynètes* parfaitement orchestrées sous forme d’actes.

Tirade*, réplique*, pantomime* : chers amis lecteurs & Lectrice : nous allons passer commande.

BELLES LANGOUSTINES
A peine saisies / Concombre de jardin / Sarrasin toasté / Crème crue

PETITS ROUGETS DE ROCHE
« Cuits de peur » / Sucs de bouillabaisse / Gnocchi / Poutargue / Cèleri

GAMBAS DE PALAMOS
Cuite sur palet de sel rose / Carbonara de courgette violon

PIGEON DES COSTIERES (pour Monsieur)
Filets pressés / Foie gras / Premières girolles / Rhubarbe Sirop d’Érable / Jus mentholé

RIS DE VEAU (Pour Madame)
Pomme bien dorée au jus / Compression de romaine / Caesar salade / Confiture d’olive noire

VANILLE en « cinq feuilles » / Crème onctueuse

A la fin du dîner nous échangeons quelques mots avec Stéphanie, nous comprenons vite que l’énoncé de la règle des trois unités par Boileau* dans son Art poétique prend une autre dimension ; ce que j’ai retenu de notre échange, de la vision de Stéphanie et ce sera ma conclusion :

« Unité d’action : le choix offert au client est primordial pour qu’il trouve ses propres sensations afin de découvrir le plaisir

Unité de lieu : sûrement un lieu mais avant tout des hommes & des femmes, je suis fière des équipes qui m’entourent

Unité de temps : Le temps est un luxe palpable dès que nous le percevons sous forme d’émotion : j’aime donner des émotions culinaires. »

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LEXIQUE :

Acte (n. m.) : partie de la pièce qui marque les éléments importants de l’action. Traditionnellement, une pièce classique est composée de trois ou cinq actes divisés en scènes.

Bienséance (n. f.) : respect des règles théâtrales et morales afin de ne pas paraître vulgaire, choquant ou invraisemblable. Par exemple, on ne représente pas sur scène la sexualité, la violence ou encore la mort. On a par exemple reproché à Molière « la scène du sac » dans Les Fourberies de Scapin.

Dénouement (n. m.) : il s’agit des dernières scènes d’une pièce de théâtre, là où l’intrigue se résout et où un ordre nouveau est institué.

Intrigue (n. f.) : suite de nœuds, d’événements et d’actions qui constituent une pièce de théâtre. C’est l’intrigue qui sous-tend la progression dramatique.

Pantomime (n. f.) : suite de gestes du comédien qui vise à amuser le spectateur plutôt qu’à raconter une histoire.

Public (n. m.) : ensemble des spectateurs qui assistent à une représentation théâtrale.

Réplique (n. f.) : texte prononcé sans être interrompu par un même personnage au cours d’un dialogue.

Règle des 3 unités de Boileau : Art Poétique, III, vers 44-46, 1674.

Nous voulons qu’avec art l’action se ménage ;
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

> Unité d’action : elle consiste à représenter une seule intrigue par pièce de théâtre.
> Unité de lieu : elle consiste à représenter l’intrigue d’une pièce de théâtre dans un seul et unique lieu.
> Unité de temps : elle consiste à faire dérouler l’ensemble de l’intrigue en une seule et unique journée.

Soliloque (n. m.) : discours qu’un personnage seul sur scène se tient à lui-même.

Spectacle (n. m.) : ce qui est présenté au regard du public.

Scène (n. f.) : division d’un acte entre l’entrée et la sortie d’un personnage.

Saynète (n. f.) : forme de comédie courte avec un nombre de personnages réduit.

Tirade (n. f.) : longue suite de phrases prononcées par un même personnage sans interruption.

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Restaurant La Scène

Stéphanie Le Quellec – Chef des Cuisines
Yann Couvreur – Chef Pâtissier
33, avenue George V, 75008 · Paris
Tél: +33 (0)1 53 23 78 50
Email: contact@la-scene-restaurant.com

 http://www.restaurant-la-scene.fr

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